Les Démons sont de sortie !




Il y a peu, le Lorndor a connu des évènements plus qu'étranges. Beaucoup plus de morts qu'en temps normal par exemple (mais peut-on réellement parler de "temps normal" ici ?), un phénomène que l'offensive sur les terres de nos amis Undeads ne suffisait pas à expliquer. C'est dans cette atmosphère incertaine et dangereuse que l'un de nos Chroniqueurs se porta courageusement volontaire, après un bref "tirage à la courte paille" dûment falsifié, pour aller enquêter sur le terrain.

Que voulez-vous, quand on a la poisse... Bon, sans plus tarder, les niouzes.

J'étais donc invité, comme beaucoup de gens plus ou moins recommandables, au mariage d'Argowal et Telemnar. Je m'y suis donc rendu, après m'être copieusement fait arnaquer par un Gnôme pêcheur, une sombre histoire de matériel défectueux, mais j'aurai sans doute l'occasion de revenir sur ce point scandaleux dans un autre article. Arrivé, disais-je, sur les lieux de la cérémonie, quelle n'a pas été ma surprise de voir une chose étrange, à peu près immatérielle mais cependant douée de parole, qui prétendait à la cantonade être un démon, qu'il ne fallait pas lui chercher des poux, bref, tout un tas de salades auxquelles, tout d'abord, personne n'a apporté le moindre crédit.

Erreur...

Peu avant le début de la cérémonie, j'ai eu la mauvaise surprise d'être attaqué par le machin en question. Un jet d'acide, plutôt désagréable, accompagné d'un bon gros coup de papatte griffue. Mais le pire restait à venir... Pendant l'office, le truc s'est mis à hurler, un cri plutôt désagréable, et dévastateur ; tous les assistants se sont sentis vidés d'une bonne partie de leurs forces. Tout le monde a alors compris que le bidule ne plaisantait vraiment pas, et qu'il semblait bien que ce soit réellement un démon. Et comme si ce n'était pas suffisant, nous avons appris à nos dépends qu'il avait deux frangins, aussi désagréables et dangereux que lui.

Euryno, Eurynome, et Eurynax. Quels noms, je vous demande un peu...

Un peu plus tard, par une annonce officielle, tous les héros du Lorndor apprirent que nos trois drôles étaient ici pour accumuler le maximum de meurtres en vue de libérer leur père, Irgul, une espèce de méga-démon-qui-fait-mal. Les plus curieux auront pu voir une allusion à une certaine Valeyra, mais nous y reviendrons plus précisément dans un prochain article sur le sujet. Sitôt prévenus des noirs desseins des Démons, quelques héros courageux (c'est-à-dire téméraires, ou complètement frapadingues si vous préférez) ont décidé de les stopper par le moyen qui se présentait comme le plus évident : les tuer le plus rapidement possible, un par un.

Nouvelle erreur.

Au début, tout semblait pouvoir être réglé rapidement. Contacté par l'un de ces précurseurs qui s'étaient bombardés "chasseurs de Démons", je décidai rapidement de rejoindre leurs rangs, ne voulant pas louper une occasion de voir les choses de plus près. Tous les témoignages s'accordaient pour dire qu'un Démon se trouvait encore près de l'Eglise. Sans plus réfléchir, nous nous rendîmes sur place, bien décidés à en découdre avec l'intrus. L'intrus, lui, ne nous avait pas attendu pour mettre les voiles, et nous nous trouvâmes absolument stupides en débarquant au beau milieu de nulle part, sans l'ombre d'un Démon en vue. Ces trucs-là, non contents de causer autant de dégâts qu'un troupeau de Gnolls au pas de charge, avaient donc la capacité de se mouvoir très, très rapidement. Les premiers jours, les équipes de chasseurs, encore peu nombreuses, eurent toutes les peines du monde à localiser les Démons. Et pour ce qui est de les attaquer...

Au bout de quelques jours, enfin, je notai un semblant de début d'esquisse d'organisation. Les Démons étaient attaqués par des groupes conséquents, bien renseignés, et commençaient à faiblir. On pourrait bientôt célébrer la mort du premier d'entre eux... Euryno semblait être le candidat désigné : encerclé par un grand nombre de combattants, il était sur le point de succomber. Et c'est ce qui arriva ! Ses deux frères n'avaient plus qu'à bien se tenir, ils étaient les prochains sur la liste.

C'est alors que la nouvelle est tombée, telle un coup de trique, un coup de masse, le genre de dépêches qui vous fait dire "c'est fou comme ça passe" : Euryno, le Démon que tous croyaient mort, était en train d'être ressuscité ! Quelques heures plus tard, le cauchemar était devenu réalité. Tous les efforts des héros coalisés contre les intrus étaient réduits à néant, Euryno était de retour ! Des rumeurs de panique commencèrent à courir. Les Démons seraient-ils immortels ? Comment s'en débarrasser ? Etait-ce Irgul qui les ressuscitait à tours de bras ? Papa, c'est quoi cette bouteille de lait?

Fous de rage, les chasseurs se ruèrent de nouveau à l'attaque d'Euryno, et le tuèrent une seconde fois. Ce qui leur restait d'espoir s'effondra quand le Démon reparut le lendemain, rendu plus puissant par ses deux morts successives. C'est alors que quelques esprits hardis proposèrent une solution : puisqu'il semblait qu'un Démon mort était aussitôt ressuscité par ses frères, il fallait les tuer tous les trois, sans leur laisser le temps de réagir. L'idée, séduisante, soulevait le problème de l'organisation d'un tel combat. Comment rassembler en un même endroit assez de combattants pour vaincre les trois Démons simultanément ? Comment surmonter les animosités, les vieilles rancoeurs, les haines ancestrales qui ont toujours déchiré le Lorndor ? Et enfin, comment forcer les Démons à se présenter pour le combat?

Alors que ces questions existentielles torturaient l'esprit des plus grands stratèges, un autre évènement vint troubler les conseils : quelques clans de l'Alliance attaquèrent subitement la Crypte, refusant de reporter à plus tard une attaque prévue de longue date. Pourquoi cette parenthèse ? Lecteur, tu comprendras plus tard, si tu ne renonces pas à me lire avant la fin.



Sur le terrain, la situation était confuse, j'entends par là tout à fait alarmante, c'est-à-dire réellement catastrophique, ou bien absolument foireuse, c'est vous qui voyez. Des groupes de chasseurs, de plus en plus nombreux, se rassemblaient là où se présentaient les Démons, pour être aussitôt dispersés par leurs attaques dévastatrices. Le nombre de leurs victimes devenait de plus en plus impressionnant, il semblait qu'ils ne s'arrêteraient jamais. Le Lorndor sombrait dans le chaos le plus indescriptible, il était tout simplement devenu impossible d'organiser la moindre guerre, la moindre bataille rangée, la moindre petite escarmouche, bref, de se massacrer entre gens civilisés, sans que l'un ou l'autre des Démons ne se pointe aussi sec pour mettre tout le monde d'accord en quelques gueulantes bien senties.

Cependant, dans des cercles restreints, on élaborait des plans, on érigeait des tactiques, on opposait des points de vues. Tout le monde était tombé d'accord : même si l'on était pas sûr de l'efficacité de cette solution, il fallait au moins essayer de tuer les trois Démons à la fois. De plus en plus de chefs, guides influents de puissantes armées ou bien ridicules chefaillons de tribus loqueteuses, se ralliaient au projet. Bientôt, ils disposeraient de suffisamment de forces pour faire plier les Démons... Il ne leur manquait à vrai dire que les quelques-uns qui s'étripaient joyeusement à côté du Royaume Undead, inconscients du danger. Des gamins, quoi... Après bien des négociations, magouilles et autres manoeuvres dont je ne parlerai pas ici pour préserver l'innocence et la pureté de l'âme de nos jeunes lecteurs, les belligérants décidèrent d'en rester là, et de s'unir contre le péril commun, qui allait grandissant.



Une première tactique à grande échelle fut tentée. Tuer les trois Démons ? Sans doute, oui, mais autant les séparer d'abord pour mieux les étriper ensuite, non ? Les clans en guerre sur les deux fronts à proximité du Royaume Undead (le château Raid et le fameux Cabaret des Vamps) y restèrent donc, prêts à tuer les Démons Eurynome et Euryno qui ne manqueraient pas, pensaient-ils, de répondre à leurs si prévenantes invitations. Dans le même temps, d'autres clans créèrent de toutes pièces un troisième front, et envoyèrent moult messages de provocation à Eurynax.

Le jour J, à l'heure H, minute M, et j'arrête là sinon l'imprimeur va me lyncher, tous étaient en place, prêts à frapper. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce fut un beau carnage : Euryno et Eurynome, tous les deux rendus sur le front du château Raid, exterminèrent sans coup férir les armées qui les attendaient, alors que les troupes stationnées au Cabaret regardaient, impuissantes, le massacre de leurs alliés. Pendant ce temps, la troisième coalition attendait Eurynax, en vain... Le couard avait préféré rester dans un coin tranquille, et se faire soigner par quelques adorateurs. Il n'eut donc aucune peine à ressusciter ses deux frères, tués dans la bataille.

Après ce fiasco retentissant, le découragement faillit miner le moral de tous ceux qui avaient encore un peu d'espoir... Mais quelques-uns, des cinglés sans doute, ou bien complètement masos, allez savoir, proposèrent de remettre ça. Leur discours était simple : puisqu'une action trop dispersée avait échoué, il fallait tenter de les attirer tous les trois dans un même et gigantesque piège. Le plan paraissait complètement suicidaire, ce qui est généralement un gage de qualité sur nos bien-aimées terres. Et de toutes façons, il y avait urgence...

Depuis quelques jours, en effet, les trois fils d'Irgul s'étaient rassemblés autour de la prison de leur père, en pleine zone neutre, et se relayaient pour entretenir l'incantation qui le libèrerait tôt ou tard. Il fallait les éliminer maintenant, ou ce serait bientôt trop tard!

Loin de s'en alarmer, les chasseurs se frottèrent les mains. Enfin, ils étaient réunis au même endroit ! Le peuple du Lorndor allait pouvoir frapper un graaaand coup !



*BLAM!*

*CRAAAK...*

- Aoooooooouh ! Mais quelle est l'andouille qui fait des tables aussi dures ? Infirmiers !
- Oui ?
- J'aurais besoin d'une radio, là. Et d'un médecin, aussi.
- Là, tout de suite?
- Oui, là tout de suite! Je suis en conférence, figurez-vous, et je ne peux pas partir comme ça, mais je ne veux pas rester avec le bras cassé, ça fait mal !
- Euh. Très bien, tout de suite.
- Y'a intérêt, oui !
Bon, hrrmmm. Reprenons.



Le peuple du Lorndor, disais-je, allait pouvoir... réaliser un coup fumant.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire (je sais, la formule est ridicule, mais que voulez-vous, c'est pas moi qui les invente), le plan longuement élaboré fut mis en action. Ayant reçu une convocation très officielle sur un joli parchemin à en-tête, je me rendis à proximité de la prison d'Irgul. J'eus la joie de retrouver nombre de mes amis sur place, ainsi que la surprise de ne voir que des Elfes. J'en compris assez vite la raison : non pas que les Elfes avaient été les seuls à répondre à l'appel, mais les stratèges avaient décidé de former huit tours, une par race, encerclant ainsi les Démons, et réduisant l'effet de leurs attaques de zone. Quelques pessimistes persistent encore à insinuer que cette division a évité les problèmes d'attaques entre alliés de circonstance, mais je reste persuadé que le profond sens du devoir face au danger qui anime tous les Lorndoriens aurait de toute façon évité ce genre d'incidents. D'aucuns me considèrent comme un doux naïf, je le sais, mais ce n'est que par jalousie pour l'extraordinaire sérénité que m'apporte cette confiance absolue dans la bonté intrinsèque à tout être vivant sur nos terres propices à la paix et à la sérénité qu'apporte la confiance dans... euh...

Bref, alors que nous pensions tenir la victoire, les Démons montrèrent toute leur cruauté, leur acharnement, et surtout leur puissance. Volant de campement en campement, ils y semèrent la mort et la destruction à coups de beuglantes apocalyptiques. Les plus vaillants héros tombaient à terre, se voilant la face, se cachant les yeux et se bouchant les oreilles, ce qui est un exploit hors du commun pour toute personne normalement constituée, avec notamment deux bras et une seule main au bout de chaque bras. Un grand nombre d'entre nous eurent les tympans perforés, et moururent après s'être vidés de leur sang par les oreilles. Partout s'étendait la désolation, témoignage éclatant de l'implacable volonté des Démons, enivrés par la délivrance prochaine de leur père Irgul.

Le soir prévu pour l'attaque, nous n'étions plus qu'une poignée sur place. Le campement elfique avait été très durement touché, l'un des plus férocement attaqués à cause du grand nombre d'Elfes qu'il abritait. Les Nains aussi avaient subi un terrible assaut, dont nous avions aperçu les lueurs au loin, sans pouvoir aller leur porter secours. Alors que tout semblait perdu, et que beaucoup parlaient d'abandonner, nous vîmes arriver de grandes forces de tous côtés, qui se déversèrent sur le champ de bataille en chantant férocement, un chant sauvage, terrible et beau, un hymne à la mort des trois Démons et à la fin des espoirs d'Irgul. Galvanisés par cette arrivée providentielle, nous nous ruâmes à leurs côtés sur les Démons. Euryno, Eurynome et Eurynax, toujours fiers devant l'immense péril qui s'avançait, se jetèrent furieusement dans la mêlée. Mais contre un tel nombre, ils ne pouvaient trouver que leur propre mort...

Sentant leur fin venir, les trois Démons adoptèrent une tactique désespérée : alors que Eurynome et Euryno, côte à côte, faisaient face à la marée de leurs assaillants, Eurynax attaqua les campements. La garnison laissée sur place, non prévenue, fut balayée par la soudaineté et la furie de l'attaque du Démon. La plupart ne virent même pas la mort leur arriver en plein sur le coin de la gueule à la vitesse d'un express tentant de rattraper son retard. Même victorieuses, les armées du Lorndor ne trouveraient derrière elles que des tentes calcinées.

Sur le champ de bataille, l'épopée des Démons touchait à sa fin. Eurynome, durement touché par les premières vagues de l'assaut, finit par succomber, précédant de peu Euryno. Il ne restait plus qu'à tuer le dernier, Eurynax. Dès la mort de ses frères, il essaya de fuir le champ de bataille, et réussit à rejoindre quelques-uns de ses adorateurs, qui tentèrent de le soigner. Mais c'en était bel et bien fini des Démons : les chasseurs finirent par le retrouver, et l'achevèrent après un rapide combat.

Lorsque le dernier Démon mordit la poussière, un râle profond s'éleva de la sphère bleutée qui servait de prison à Irgul. Un râle de colère et de désespoir, et avec lui s'envolèrent les espoirs d'Irgul. Lorsque le silence retomba sur le champ de bataille dévasté, le peuple du Lorndor sut qu'il avait remporté cette terrible bataille. Les trois fils d'Irgul étaient à jamais bannis.



(Mlle Jeanne, vous mettez tout ça au propre, et vous rajoutez ma signature en bas de page, avec la formule qui va bien, "considérations les plus mégalos", enfin bref vous voyez quoi. Et vous me préparez un double aspirine, les derniers paragraphes m'ont épuisé, je me suis obligé à rester un tantinet sérieux... Et encore, il doit rester deux-trois plaisanteries de très mauvais goût, mais bon, on fait pas service après-vente non plus, hein.)



Glorfindel


"L'apocalypse est proche quand les gnomes prennent le vent."
Hellismine

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