[Zoologie]

Où il est question d'araignées...

Ayant eu le malheur d'éternuer au moment où on demandait une vict... heu, non... un volontaire pour un reportage avec prime de risque, me voici égarée dans la jungle lorndorienne, cet écosystème d'une richesse inégalée, ces terres quasi vierges où l'on peut observer une faune et une flore uniques. Justement, l'ordre de mission chiffonné au fond de ma besace indique que c'est la faune qu'il me faut observer. Voici donc le récit des quelques jours de reportage consacrés à ces bestioles très moches avec huit grandes pattes que sont les araignées :

1er jour :

Grâce aux indications d'un aimable fermier qui a vu ses poulets massacrés par un arachnide, je me lance sur la piste gluante de la bête.
Après avoir rampé dans des plaines de hautes herbes et manqué me noyer dans des rivières en crue, je me retrouve à patauger dans un marais relativement désert. En effet, divers constats m'ont brillamment amenée à formuler la conclusion suivante : ces charmantes bestioles n'ont pas de terrain de prédilection, mais il est plus facile d'en observer dans un endroit désert... Bon, d'accord, en fait il est plus facile d'observer de jeunes spécimens dans un endroit désert. Ma prime de risque de chroniqueuse à tout faire est trop maigre pour que j'aille risquer mes précieuses oreilles face à une araignée géante.

Astucieusement déguisée en buisson, je guette la sortie d'un petit terrier tout tapissé de fils de bave. Voilà que passe un gnomillon aux grands yeux innocents. Avec toute l'inconscience de la jeunesse, il s'avance un peu dans l'antre d'où s'exhalent des relents fétides. Il y a des bruits de coups, des grincements de chitine, claquements de chélicères, et l'araignée fuse hors de son abri dans un bond spectaculaire, le gnomillon sur le dos. Tout en suivant ce rodéo échevelé, je note sur un bout de parchemin trempé :

description générale : bestiole très moche avec huit grandes pattes et un nombre d'yeux largement supérieur au "deux" réglementaire ; corps velu, à première vue noir (précision : il fait nuit).

Je griffonne dans la marge :" proverbe de circonstance : le soir, toutes les aracks sont noires".

Quelques minutes plus tard, je rajoute :

habitudes alimentaires : gnomillon frais.

Histoire de gagner de quoi rembourser ma nouvelle plume "waterproof", je vais abréger les souffrances de la bête (l'araignée, pas le petit gnome). Ensuite, j'entreprends de visiter son abri. ("terrier aux parois consolidées par des fils de bave formant une sorte de tunnel décoré de gracieuses suspensions culinaires.")
Je ne mets pas longtemps à ressortir et à rayer "gnomillon frais" pour le remplacer par "bouffe de tout".


2e jour :

Suite à une nuit blanche peuplée de moustiques gros comme des frelons, je cours m'acheter une lotion à la verveine et, tant que j'y suis, des parchemins secs. Avant de prendre un repas à l'auberge la plus proche, je complète un peu "habitudes alimentaires" avec force détails horrifiques où il est question de "venin paralysant", de "proies enroulées encore vivantes dans un cocon", de "morsures pour aspirer les fluides vitaux"...
Je renonce à mon déjeuner.

Camouflée en golem grâce à la vase des marais, je peux m'approcher d'une colonie entière d'araignées assez près pour avoir envie de rendre mon souper de la veille.
Je corrige discrètement la dernière partie de "description générale" : corps éventuellement velu, de couleur sombre de brun à noir. Taille variable pouvant aller jusqu'à deux mètres de haut... J'exige une revalorisation salariale.
A la suite, j'ajoute un commentaire sur le comportement des "mères aracks" qui mènent de véritables troupeaux de jeunes tout aussi moches que les adultes.

Vers la mi-journée, je quitte les marécages pour aller interroger les habitants d'un hameau pas loin. Mon rapport s'épaissit :

longévité maximale: évaluée à 30 A.L (ndlr: A.L = année lordorienne), mais certains évoquent un individu centenaire qui vivrait dans les profondeurs d'une grotte dans le nord.
Le spécimen en question présenterait une taille et une puissance largement supérieures à ses congénères. De plus, ses yeux seraient dotés de pouvoirs magiques.
On raconte aussi qu'il existerait une araignée douée de parole dans la même région.

La bière est bonne, revenir.

Ces discussions me permettent de griffonner quelques précisions sur le caractère des arachnides :

étude comportementale : caractère plutôt craintif. Ne se montre agressif envers un chasseur qu'une fois attaqué. S'en prend éventuellement aux êtres faibles, si on se fie aux déclarations des autochtones. Ainsi, des araignées auraient cherché des noises à des enfants, des poulets, des charrettes et des toits de chaume.

Je dois dire que je n'ai jamais vu une araignée se promener avec une torche pour jouer les incendiaires... M'enfin, je suis chroniqueuse, pas agent d'assurance, donc je note sans sourciller.


3e jour :

A plat ventre dans une touffe de fougères, au coeur d'une forêt plutôt étouffante et humide, je marmonne sur mon parchemin couvert de taches d'encre et de ratures. Je suis là car il paraît que c'est le meilleur endroit pour observer une pouponnière.

Ma plume waterproof bave laborieusement :

méthodes de chasse : contrairement à leur homologues des marais et des plaines qui chassent à l'affût, les araignées des zones forestières tendent d'immenses toiles-abris qui peuvent atteindre des dizaines de mètres de diamètre entre les troncs. Elles y capturent oiseaux (près du sommet), bêtes diverses et aventuriers malchanceux (près du sol... encore que les nains peuvent pour une fois se trouver dans les étages supérieurs, en compagnie de leurs griffons). La moindre vibration, et elles accourent avec avidité.

élevage et éducation des jeunes : d'énormes poches de toile renferment les oeufs (au nombre de quelques milliers, je ne suis pas montée compter) puis servent d'abri aux jeunes fraîchement éclos encore trop fragiles pour se disperser. Pratiques de cannibalisme observées... c'est charmant. L'apprentissage de la chasse se fait en groupe. D'ailleurs, en ce moment même, je peux voir les adultes qui se déploient pour encercler une proie tandis que les petits se laissent descendre au bout d'un fil depuis les plus hautes branches. C'est drôle, je ne vois aucun oiseau ou voyageur susceptible de leur servir de repas.

ho, il me vient un mauvais pressentiment, soudain...


Note de la rédaction : ces documents ont été retrouvés avec un sac abandonné au pied d'un arbre dans la "Forêt sans retour". On est toujours sans nouvelles de l'auteur. Si vous avez des informations à ce sujet, merci de contacter la gazette.

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