Le Brigadier XII :

serait-ce le diable en personne ?




J'arrivais devant une grande porte grâce aux indications de l'Admin, qui m'avait donné l'autorisation de rencontrer directement le Brigadier XII dans son bureau.

Je vis un peintre qui s'attardait sur son oeuvre en tirant la langue, un Troll qui buvait quelques rasades de son outre sentant la bière à plein nez, entre chaque coup de pinceau.

En m'approchant je découvris le portrait d'une superbe Gruntesse et je ne pus m'empêcher de lui demander de qui il s'agissait. Il éclata en sanglots mais je réussis à comprendre qu'il s'agissait de sa belle "Multi", une équilibrée de haut vol qui lui a permis de vivre les plus belles aventures qui soient, car en plus d'être dangereuse, elle était... si... chaleureuse...

Bref, comme il était aussi attaché à son Troll alcoolique et lubrique, ces vils Antimulti ont choisi de geler sa moitié plantureuse pour le punir, elle si chaude ! Depuis il ne s'en est pas remis, et espère qu'une de ses toiles touchera la sensibilité de ces terribles brigadiers de l'ombre, ces sans-coeur ! Afin de la faire ressusciter en échange de son corps de Troll, oui, il avait le sens du sacrifice lui !...

Je n'avais pas remarqué que la porte immense s'était ouverte, je me glissai donc à l'intérieur, me demandant où j'avais fichu ce laissez-passer qui allait bientôt me devenir précieux.

Trois cagoulés me tombèrent dessus dès que la porte fit grincer ses gonds en se refermant, plongeant les lieux dans une obscurité malveillante.

J'en fus si perturbée que je leur affirmai que je n'avais rien à déclarer, mais lorsqu'ils ouvrirent mon baluchon, ils s'exclamèrent que tant de bagues réunies ne pouvaient qu'être les fruits d'échanges frauduleux.

Je suppose que ce furent mes cris suraigus, ponctués de :

- Rendez-moi mes bagues ou je vous les fais manger !
- Attendez je vais vous montrer mon Multi... heu... mon multi-pass... heu mon laissez-passer !
- Arrêtez de me fouiller ça me fait des chatouilles !! Hiiiiiii !!!

... qui alertèrent le Brigadier XII, un être imposant tout aussi cagoulé, mon instinct me disant qu'il s'agissait bien de lui, surtout quand il s'exprima d'une voix posée et d'un ton retenu (qui juraient avec son aspect physique de gros boucher musclé) :


- Mais cessez donc, je suis prévenu, elle vient pour un reportage de la Gazette à mon sujet.

Libérée enfin de mes assaillants (mais privée de mes bagues qui allaient être authentifiées le temps de l'entrevue, comme si j'avais de fausses bagues moi !) je suivis le célébrissime Antimulti dans des couloirs glacés, les yeux bandés... j'entendis des cris de torture, des bruits métalliques, et je ressentis tant de froid à un moment donné que je me demandais si on n'allait pas tout bonnement me geler... mais non, le bandeau enlevé, je me retrouvai dans le bureau du brigadier et entrepris de lui poser enfin mes questions :

- Qu'est-ce qui vous différencie des autres brigadiers pour qu'on parle autant de vous ?
Rien, on est tous pareils. D'ailleurs nos chiffres sont comme des masques de la comedia del arte : ce n'est jamais la même personne derrière. Mais, chaque masque représente une humeur particulière. Le numéro 12 a frappé les esprits par son caractère… disons… peu conciliant.

- Combien de temps cela fait-il que vous martyrisez les multicompteurs ?
J'ai intégré la Brigade de l'Ombre plusieurs mois avant que les Dieux ne déclenchent leur fureur sur le Lorndor. Du temps où une rivière divisait la Zone Neutre, ainsi que tout le Lorndor, en deux.

- Vos manières ont-elles évolué depuis ?
Pour ce qui est de surveillant 12, il eut une époque plus paternelle, où il tentait de conduire les multicompteurs à se libérer du jeu et de l'asservissement de l'homme à la machine, d'ouvrir la fenêtre pour aller gambader dans le plus simple appareil au milieu des pâquerettes…

- Est-il vrai qu'on a piétiné vos châteaux de sable quand vous étiez petit, comme certains le prétendent ?
Oui, mais ceux qui ont fait ça reposent désormais sous le sable. Paix à leur âmes…

- Vous avez choisi ce job parce que vous avez vendu votre âme au diable ?
Vous avez mal compris : j'essaie précisémment de sauver des âmes de la tentation.

- A-t-on déjà essayé de vous soudoyer ? Pots-de-vin ? Menaces ? Flatteries ?
Non, car je suis incorruptible.

- Y a t-il un espoir de vous corrompre, si oui par quels moyens ?
Je répète : je suis incorruptible !

- Aimez vous votre "travail" ?
Ce n'est pas un travail, c'est une passion.

- Pourquoi cette cagoule, pour cacher vos cornes diaboliques ?
Sans ombre comment voulez-vous qu'il y ait brigade de l'ombre ?

- Est-ce parce que les multis tirent le diable par la queue que vous avez autant de mordant dans vos messages ?
Non parce que je ne suis pas le diable, bien au contraire. Cela dit, quand vous tirez la queue d'un chien il finit par mordre, pas vrai ?

- Vous êtes un chasseur, voire un traqueur : quand est-ce que vous lâchez le morceau ?
Jamais avant l'aveu ou lavé (de tout doute)

- Comment choisissez-vous vos proies ?
Généralement, parmi celles qui ne respectent pas les règles édictées sur le topic Brigade de l'Ombre que tous les joueurs sont invités à consulter par un lien s'affichant à chaque connexion au jeu. Mais il existe également des joueurs poussant la perversion à multicompter tout en respectant les règles. Ces derniers sont très difficiles à débusquer, mais nous les traquons sans pitié.

- Quelles types de tortures employez-vous pour faire parler vos victimes : couteaux, boules de feu, fouet brûlant ou absorption ?
La glace uniquement. La menace du gel suffit généralement à faire avouer.

- Dernièrement un des objets de vos chasses vous a remercié publiquement : cela vous a fait quel effet ?
Qu'ils me remercient ou qu'ils m'insultent je suis sûr d'une chose : les joueurs que j'ai puni savent, tout au fond d'eux-même, que j'agis pour leur bien. En effet, l'abus est préjudiciable !

Rassurée sur l'équilibre mental du Brigadier XII, je refermai mon bloc-notes d'un claquement sec et attendis qu'on me remît le bandeau, non sans un certain trépignement d'impatience.

Le trajet du retour me sembla plus long que celui de l'arrivée, mais les gémissements et autres cliquetis me firent moins frissonner, tant je sentais la sortie proche. On me rendit mes bagues que je ne pris même pas le temps de recompter, et c'est avec un grand soulagement que je me retrouvai enfin dehors : la pénombre du crépuscule avait gagné du terrain, le peintre avait disparu... plus de chevalet, ni de portrait de gruntesse... Si ! En me retournant vers la porte, j'en vis un affiché dessus, et, je ne sais pas pourquoi, mais, affublée de sa hache, la bien-aimée Multi du Troll désespéré me rappela le Brigadier XII... sans doute un effet d'optique, il se faisait si tard...



Seytahn


"Les multicomptes c'est comme les moustiques,
Moins yen a, plus on est content"
Macros le Noir

24647 personnes ont vu ce numéro,
une personne le consulte actuellement.

Anciens numéros
Contacts, Liens, Droits

valid xhtml valid css Contrat Creative Commons rss
apache php get firefox

© Creative Commons, Gazette du Lorndor 2005-2006