Histoire d'un autre temps


Sur une plateforme surplombant la forêt elfique se tenait un elfe. Il était assez grand, l'air élancé et le regard vif. Malgré son âge pas très avancé, ses cheveux avaient déjà pris des teintes de gris, mais son corps était encore merveilleusement bien sculpté. Il regardait vers le sud, au-delà des cimes des arbres, le regard dans le vague, perdu dans ses pensées.

Derrière lui, se dressait une auberge. Elle était connue de tout le royaume, et même au-delà, car c'était de là que l'on avait la meilleure vue sur tout Lorndor. Seul les hautes tours du château elfique surplombaient l'auberge. Normalement accueillante, elle servait les vins des meilleurs crus et un très bon confit de canard. Mais ce soir-là, un étranger aurait vite fui devant l'air farouche des gardes devant la porte, et surtout devant les éclats de voix qui sortaient de l'établissement.

En ce moment-même se tenait une réunion de sommet entre tous les chefs de clans elfiques et quelques représentants nains, humains et gnomes.

Le regard de l'elfe se porta au loin. Décuplée par la magie, sa vue s'entendait jusqu'aux collines où se cachaient les villes taurens. A l'endroit où ces collines s'aplatissent pour devenir des plaines, là où les tours gardent le royaume tauren, une gigantesque armée se massait. Elle était composée de grunts, de trolls et de taurens, et elle avait pour seul but d'infliger une titanesque défaite aux elfes, pour montrer qu'ils n'étaient pas les plus forts !

Devant cette armée s'étendaient les landes, noircies par la nuit. Dans cette immensité sombre, des lumières de feux de camp ou de hameaux parsemaient l'unité obscure. Mais là-bas non plus le calme n'existait pas ; déjà les paysans fuyaient en masses vers la protection des quelques châteaux ou du royaume elfique. L'elfe doutait qu'ils soient en sécurité là-bas.


Un faible bruit parvenait à ses oreilles, un bruit de cascade. Il venait des grandes chutes d'eau au sud des forêts sanctuaires. On ne pouvait les voir de l'auberge, car elles étaient cachées entre deux falaises, mais on pouvait nettement voir le fleuve avant qu'il dégringole. Il s'agissait du fleuve qui parcourait tout Lorndor, courant vif et puissant, encerclant les royaumes, les protégeant plus que n'importe quelle muraille !

Il se dressait fièrement entre l'armée de la Horde et les forêts elfiques, et seuls deux ponts l'enjambaient : les ponts d'Ellistas et de Allasane.

L'elfe pouvait les voir de là où il était, tels des traits argentés qui coupaient la langue noire du fleuve. Juste au-delà des Ponts, il pouvait deviner les sombres silhouettes des deux titanesques forteresses de Käldurag et de Glodaräg, Gardiennes des Ponts et du Royaume.

Il pouvait encore se rappeler son père posant les magnifiques portes de bronze qui en scellaient l'entrer, alors que lui, tout petit, regardait l'air béat ces joyaux de l'architecture naine. Enfin ce n'était pas son véritable père, mais un nain qui l'avait récupéré après le meurtre de ses parents par une horde de pilleurs taurens. Pendant tout son enfance, le maître forgeron l'avait élevé et aimé comme son propre fils, lui donnant le nom que l'elfe portait encore : Kalidorne, un nom nain.

Un nom qui lui avait valu bien des problèmes. Après la mort de son père adoptif, Kalidorne, déjà assez âgé, avait décidé de rejoindre les siens et le clan de ses parents, le plus grand et le plus puissant clan de tout Lorndor, les Archimandrales.

La nation elfique avait atteint son âge d'or peu de temps auparavant. Elle avait atteint un tel niveau de puissance que le plus petit de ses clans était respecté et craint par toutes les autres races, et personne n'osait contester la puissance des elfes.

Mais hélas, l'arrogance des dirigeants avait crû en même temps que leur puissance. Petit à petit les petits clans vinrent à jalouser les grands, alors que ceux-ci, persuadés qu'ils étaient supérieurs à tout, commencèrent à ignorer les autres êtres vivants.

Comme d'habitude lors des crises, les premiers à en faire les frais sont les étrangers, ou les étranges. Les Drows avaient commencé à être écartés de tout, et Kalidorne, quand il revint vers les siens, avait été accueilli avec suspicion et froideur. Seules sa maîtrise du feu et du fer et sa puissance presque inégalée au combat avaient permis de le faire accepter dans son clan, les Archimandrales, lui donnant le surnom du Guerrier Flamboyant. Tous le respectaient et tous le craignaient, ses ennemis comme ses alliés, aussi n'était-il pas aimé des siens, et son ascension dans la hiérarchie avait été lente et brève.


Kalidorne balaya une dernière fois toutes les merveilles qui s'étendaient sous ses yeux, puis la mort dans l'âme, il lança un dernier soupir et retourna dans l'étouffante atmosphère de la taverne.

Là, autour d'une table en U, les chefs étaient assis. Ils avaient déjà recommencé à s'insulter, sans l'attendre. Déjà une bonne douzaine de chefs avaient jeté le torchon et étaient partis, laissant la nation elfique à son propre destin.


Qu'il serait facile de repousser la horde en occupant les forts gardant les ponts ! Mais si le fort ouest, Käldurag, appartenait au Archimandries, celui de l'est, Glodaräg, appartenait à une alliance d'une dizaine de petits clans, dont déjà la moitié avait annoncé qu'ils ne participeraient pas à cette guerre.

Seule une poignée d'officiers avait été suffisamment lucide et intelligente pour voir la menace que représentait la Horde. Ils avaient déjà réussi l'impossible en rassemblant les chefs de clan ici. Mais cette réunion était une perte de temps, les elfes ne se fédéreront plus, les nantis étaient trop aveuglés par leur arrogance pour en voir l'utilité.

Là où la raison ou la logique rataient, la crainte aurait pu réussir à unifier, mais le seul à pouvoir enclencher cette crainte était le chef des Archimandrales. Et c'était le plus crétin de tous ! Il portait le nom d'Archidalha et il était assis au centre du U, sirotant un vin brassé par ses propres elfes !

Quelle imbécillité, tout le monde savait qu'il aimait bien plus la bière, mais il ne voulait boire ou manger que des produits de son propre clan ! Il avait ordonné à ses elfes, quelque temps auparavant, de lâcher leurs épées et leurs grimoires pour cultiver la vigne !

Son geste n'avait réussi qu'à éclater le clan. Un quart de ses membres étaient partis vers le nord, fuyant le tyran et la Horde !

Mais Archidalha ne voyait pas ça. Il était sûr que son clan était encore suffisamment puissant pour repousser la Horde à lui tout seul. Il n'était venu là que sur un ultimatum de ses officiers, et il n'écoutait pas les autres chefs. Rapidement lassé, il se leva, et sans un mot, il partit, laissant tout en plan.

Les nains et les humains, excédés par l'incompétence générale, se levèrent et annoncèrent que si les elfes allumaient les feux de Killardorne, alors ils viendraient les aider, mais que sinon ils ne bougeraient pas.

Kalidorne savait que c'était une imbécillité, et qu'aucun elfe n'irait allumer ces feux, car ce serait avouer la faiblesse des Elfes.


Le départ des nains et des humains provoqua la fin de la réunion. Le bilan était monstrueux : le fort Ouest serait gardé par ce qui restait des Archimandrales, le fort est par seulement deux petits clans. Une douzaine d'autres clans garderaient l'autre rive du fleuve. En résumé, seul un petit quart des combattants elfiques se lèveraient contre la Horde. Le combat allait être à 3 contre un.



 
 
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