Quiétude


Il faisait nuit sur le Lorndor. Une nuit des plus étranges, elle était tellement calme ! Nul combat ce soir. Absolument tous les habitants étaient plongés dans le sommeil, ce qui n’était encore jamais arrivé. Quelle coïncidence que tous aient choisi le repos au même moment. C’était comme une trêve imprévue, un armistice général.
Le silence était tel sur la surface du monde que l’on entendait presque la mélodie des astres, ou d’autres sons moins rassurants…

C’est ainsi que dans son sommeil, un tauren sentit le sol trembler et se réveilla en sursaut. Tout semblait pourtant calme, peut-être même trop. Le sol était aussi immobile qu’à son habitude, mais le tauren ne parvint pas à se rendormir. Il se leva et fut sidéré par l’atmosphère tranquille qui régnait au-dehors. On eut dit que le Lorndor lui-même s’était assoupi.
Puis il ressentit une telle secousse qu’il tomba à terre. Il s’affola, que se passait-il ? Il retourna voir sa compagne. Celle-ci ne semblait pas se reposer. Elle haletait dans son sommeil et la sueur perlait à son front. Il l’éveilla.

- Bretha ? Mais qu’as-tu ?
Elle ouvrit de grands yeux apeurés.
- Que se passe-t-il ? Je me sens oppressée, mal à l’aise, il y a quelque chose…
Elle s’interrompit en entendant des cris et des gémissements venant du dehors. Le couple sortit pour voir que toutes les personnes du clan étaient assemblées comme pour tenir un pow-wow. Leur chef prit la parole. - Mes amis, l’heure est grave, je pressens un grand malheur. Je ne sais quel il sera mais il touchera énormément de monde et pas seulement la communauté tauren.
- Que pouvons-nous faire ? demanda une taurenette.
- Allons combattre ces larves de… s’insurgea un guerrier.
- Silence ! l’interrompit le chef. Je ne tolèrerai pas que l’un de vous insulte qui que ce soit. Il n’est nul ennemi que l’on peut combattre cette fois. Les autres races ne sont pas en cause. Ce qui s’approche est au-delà de tout.
Le chamane s’avança.
- Comme vous l’a annoncé notre chef, quelque chose d’affreux se prépare. Mais je sais que quelqu’un tentera de nous sauver. J’ignore qui. Peut-être n’est-il pas de notre clan. Ce que nous pouvons faire est prier, afin de tenter d’apaiser les Dieux, et de soutenir celui qui essaiera de nous sauver. Prions, mes amis.

Les gens du village fermèrent alors les yeux et se plongèrent avec ferveur dans des propos d’apaisement envers les Dieux et d’encouragement pour le héros inconnu.




Les elfes rêvèrent que la terre s’ouvrait et que tous y tombaient.
La vision des drows leur montra le soleil tomber sur le Lorndor et tout embraser.
Les humains crurent qu’une pluie diluvienne s’abattait et emportait tout.
Les trolls furent sûrs que les volcans entraient en éruption.
Les nains eurent la vision des montagnes qui s’écroulaient emportées par la crue des rivières.
Les gnomes imaginèrent une tornade qui arrachait tout être vivant et construction du sol.
Les grunt eurent la certitude effrayante que l’air allait se raréfier jusqu’à disparaître et que tous mourraient asphyxiés.
Les undeads sentirent qu’une catastrophe arrivait, une horreur telle que même eux ne pourraient revivre après son passage.

Chez chaque race un malaise pesant se fit sentir et l’on se réunit afin de prodiguer les mêmes conseils. Il fallait apaiser les hautes puissances. Et un petit espoir vivait, des héros inconnus aideraient. Quelle serait leur tâche, leur mission ? Nul ne le savait, pas même les personnes concernées.



Dans chaque peuple, au même instant, un être, celui qui avait perçu le songe avant les autres, se tourna vers une minuscule lueur au loin. Puis sans réfléchir, chacun d’eux prit la route afin de rejoindre cette lueur. Nul ne s’aperçut de leur départ.

Des nuages cachèrent la lune et les étoiles. Pourtant, même dans l’obscurité totale, chacun savait où aller. Aucun ne buta sur une pierre, nul ne tomba, chacun put suivre le chemin sans encombre, et les neuf personnes se retrouvèrent bientôt autour d’un minuscule lac. En joignant leurs mains en un cercle parfait, ils épousaient exactement la circonférence du lac. Ils se regardèrent au dessus de l’eau, puis d’un même geste penchèrent la tête sur la surface claire. Bientôt la lune y apparut … alors qu’elle n’était pas de retour dans le ciel.

Sous leurs yeux surpris, une silhouette émergea bientôt au centre du bassin. Une jeune femme longue et fine, à la peau diaphane, ses cheveux blancs aux reflets d’argent tombant en cascade sur une longue robe couleur de l’astre de nuit. Des ailes fines et nacrées dans son dos indiquaient qu’elle n’était d’aucune race du Lorndor.

Chacun des neuf protagonistes posa un genou en terre et une main sur son cœur en signe de profond respect.

Une voix flûtée leur fit bientôt relever la tête :

- Bonsoir habitants du Lorndor, je me nomme Auryn. Je vous en prie, relevez-vous. J’apprécie votre accueil mais je n’en mérite pas tant.
Ils hésitèrent puis se relevèrent. Le gnome demanda alors:
- Belle Dame Auryn, nos peuples ont tous eu des visions de catastrophe décimant tous les peuples, cela aura-t-il vraiment lieu ?
- Rassurez-vous. Vous allez empêcher cela. C’est la raison pour laquelle vous êtes ici, n’est-ce pas ?
- Mais savez vous d’où nous vient ce pressentiment ? se renseigna la drow.
- Le Lorndor est vivant vous savez. Votre monde est immense et constitué d’une faune, d’une flore, de l’air, des astres au-dessus de lui, de vous-mêmes… et il vit ainsi. Il a une mémoire, des sentiments, des blessures parfois. Cette nuit, le Lorndor a fait un cauchemar.
- Quel est donc ce cauchemar ? questionna l’undead.
- Les combats perpétuels perpétrés par vous, ses enfants.
- Mais jamais à nous neuf nous ne pourrons réussir à rendre le monde pacifique ! s’écria l’humaine.
- Qui parle de rendre votre monde pacifique ? Il est évident que vous ne le pourriez faire en une nuit. C’est une évolution qui aura lieu sur la durée. Il ne faut pas partir défaitiste. Et si ce n’est vous, ce seront vos enfants, vos descendants…
- Alors nous ne pouvons rien faire ? soupira le troll.
- Mais si. Comme quand un petit enfant fait un cauchemar, il faut l’apaiser et le rassurer, de façon à ce que son sommeil se poursuive en un doux rêve.

Elle leur sourit et ouvrit ses bras, les attira à elle, sur l’eau et les étreignit tous tendrement en leur murmurant :

- Pour cela il y a des moyens que l’on ne soupçonne pas mais qui ont bien plus de force que de simples combats. Ecoutez : pour calmer le Lorndor il faudra lui raconter des histoires, lui chanter des berceuses, lui offrir des danses. C’est ce dont il a besoin. Croyez moi. Laissez parler votre âme créatrice, votre inspiration, il ne faut pas la laissez flétrir en préférant les rapports de force. La douceur est aussi puissante, juste un peu méconnue. Allez maintenant tranquilliser votre monde. Il sera heureux que l’on pense à lui. Auryn les regarda s’éloigner. Derrière elle, une lueur apparut.



Sur le chemin du retour, chacun suivit les conseils d’Auryn.

Le troll prit une plume et écrivit une histoire sur les feuilles d’un arbre. Une histoire de lumière. La nature se la transmettrait bientôt.
Le gnome creusa un trou dans la terre et y chuchota un conte apaisant qui parcourrait la surface du Lorndor.
Le tauren se mit à frapper le sol en rythme accompagné du grunt. Le nain les accompagna avec une sorte de cornemuse. La drow exécuta alors une danse tribale pleine d’énergie, leur ensemble résonnait de bonne humeur.
L'undead la rejoignit bientôt avec des mouvements plus sensuels, plus doux. Le rythme ralentit, la drow adopta l’attitude de l'undead, et les deux femmes dansèrent ensemble, dessinant de jolies courbes, des arabesques...
Quand elles s’arrêtèrent, l’elfe entonna un air de chez elle, une berceuse contant des paysages magiques, une unité des peuples, un espoir… L’humaine après avoir écouté et retenu la mélodie, accompagna l’elfe créant ainsi une harmonie.

Quand elles se turent, les neuf compagnons se sentaient à la fois grisés par leur aventure et sereins. Ce qu’ils avaient réalisé pour leur cher pays les avait apaisés et ils souhaitaient que le Lorndor ait lui aussi ressenti ce sentiment.
Ils se quittèrent alors, heureux d’avoir ensemble tenté de ramener le calme dans l’esprit de leur monde.



Après les avoir observés, Auryn se tourna vers Elvea qui était apparue. L'Etoile à l'aura nacrée, souriante et lumineuse dit de sa voix stellaire :
- Ils ont réussi. Ils ont rapporté la quiétude à l’âme du Lorndor. Ce dernier est reparti pour un long rêve agréable.
- Oui… Mais Elvea, pourquoi ne pas avoir laissé les Dieux de ce monde s’en charger ? C’était à eux de le faire.
- Les Dieux d’ici semblent occupés à autre chose je le crains. Peut-être ont-ils remarqué ce qui se passait, peut-être pas. De toutes façons je ne pouvais pas le laisser. Dans ce monde vivent tant de personnalités attachantes...
- C’est vrai. C’est avec plaisir que je les ai vu agir ensemble, liés dans un but commun. Et surtout sans violence !
- Il ne faut pas croire qu’ils ne connaissent que ça, il y a toujours de l’espoir. De plus comme ma fille a choisi de vivre ici, je veille un peu.
Je te remercie pour ton aide, Auryn. Nous pouvons rentrer maintenant. Une lueur multicolore et les deux jeunes femmes s’évaporèrent laissant flotter un soupçon de magie d’un autre monde dans leur sillage.


Elyra


 
 
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