CerberusXt par Nencaran ou Les vents d'anges de l'amour


  "Rendez-vous au pied de l’arbre mort, derrière le cimetière, à la tombée de la nuit…". Tel était le message que la jeune guerrière drow Nencaran avait fait parvenir par corbeau voyageur au tauren chargé, par tirage au sort, de prendre contact avec elle. Il avait déjà dit adieu à ses amis cornus et se dirigeait, seul, vers le lieu ainsi décrit, se répétant pour se donner du courage : « Si cette elfe noire est amoureuse du célèbre tauren CerberusXt, peut-être acceptera-t-elle de m’en apprendre un peu plus sur ce mystérieux frère de sang, sans faire couler le mien… ». En effet, la mission était risquée mais simple : interroger Nencaran sur ses amours avec CerberusXt, et revenir sain et sauf pour communiquer ces informations à la Gazette du Lorndor.

A mesure qu’il approchait du cimetière, la brume se faisait plus dense. Il distinguait à peine le vieil arbre mort, auquel pendait un cadavre de petite taille… Un nain... ? Un gnome... ? Non, simplement un enfant… Un jeune grunt, dont la peau verte avait laissé la place à un blanc livide, tout comme devait désormais l’être sa couche en sa demeure : un lit vide… Et comme l’avait apparemment été sa gorge, le brouillard était vraiment à couper au couteau ! Le tauren semblait même en sentir le froid de la lame sur sa nuque...

Mais cela n’était pas une impression : une lame de couteau était réellement posée sur sa nuque, et glissa rapidement autour de son cou d’un geste habile ! Nencaran était là. Invisible dans la pénombre et les nimbes, mais bel et bien là. Ou plutôt « belle » et bien là, car d’un bond elle fit face au tauren qui put voir son visage alors qu’elle rangeait sa lame, sourire aux lèvres… Il balbutia :


Sandoval : Gru... Grumpf... Je suis venu pour te poser quelques questions sur ton ami CerberusXt.

La jeune femme s'assit au pied de l'arbre et invita le journaliste à faire de même.

Sandoval : Comment as-tu fait connaissance avec un tauren, toi, une drow ?

Le sourire toujours aux lèvres, elle resta muette quelques instants, les yeux mi-clos comme pour se rappeler de bons souvenirs...

Nencaran : Je n'ai pas toujours combattu auprès de mes frères Drows vous savez. J'ai été élevée par une famille elfe comme on en trouve beaucoup, trop peut-être... Mon premier engagement a été auprès d'un clan très sympathique constitué uniquement de membres de l'Alliance. Je ne sais pas si vous connaissez les Aéries ?

Sandoval : Des Aéries, je ne connais que les pierres que j’ai reçues sur la tête, et pour cette raison j’évite les contacts rapprochés...

Nencaran : Quoi qu’il en soit, un jour, entre deux guerres, j'ai reçu un étrange message de la part d'un Tauren dont je n'avais jamais entendu parler. Il m'invitait à le rejoindre pour un petit entretien au fin fond de son... de votre royaume. J'étais intriguée et j'ai décidé d'y aller, non sans chercher d'abord quelqu'un pour m'accompagner, quelqu'un qui maîtriserait le soin et qui serait plutôt de race hordeuse. C'est comme ça que j'ai rencontré Keiba. Il s'est proposé, il était le seul donc j'ai accepté...

Sandoval : Ca alors ! Tu... ou "vous"... Je ne sais si je dois te vouvoyer ou vous tutoyer... Enfin, je remarque que pour une elfe sauvage, vous avez de nombreuses relations avec des Taurens ! Sinon, il est vrai que j’ai entendu dire qu’autrefois Cerberus se nommait Keiba, mais aussi qu’il s’est isolé pendant 20 ans dans les montagnes, loin de notre beau royaume et surtout de sa famille ! Pourquoi a-t-il fait cela ?

Nencaran : Adressez-vous à moi de la manière qu'il vous plaira, ceci dit de mon côté je préfère vous vouvoyer. Je vouvoie presque tout le monde en fait. Et même Cerberus. Mes relations avec les Taurens datent, comme je viens de vous le dire, de l'époque où j'étais, hum... un peu plus sociable. C'est vrai que mon engagement auprès de mes frères m'a un peu coupé du reste du monde, mais je garde toujours le contact avec mes amis les plus proches. Et ceux-ci appartiennent à des races très diverses. Mon fiancé est Tauren, quelques-unes de mes meilleures amies en ces terres sont humaines, naines ou même mortes... Mais ce sont de très rares exceptions. Cerberus se nommait effectivement Keiba et il m'arrive de l'appeler encore comme ça. Son isolement s'est fait bien avant notre rencontre et il ne m'en a dit que quelques mots, mais je pense pouvoir affirmer sans me tromper qu'il avait toujours souhaité devenir chaman et cette étape d'éloignement faisait partie des rites initiatiques pour y arriver.

Sandoval : Oui, j’ai déjà entendu parler de ces individus qui quittent famille et royaume pour aller se former aux techniques de soins dans les montagnes, mais je tenais cela pour une légende... Mais le plus étonnant pour moi est qu’une drow puisse s’éprendre d’un tauren ! Qu’as-tu pensé de lui lors de votre première rencontre ?

Nencaran : La première fois que je l'ai vu j'ai pensé qu'un Tauren serait un bon accompagnateur pour une expédition en royaume Tauren. Il m'a montré qu'il était bon soigneur en guérissant une petite blessure que j'avais au bras et me paraissait suffisamment fort pour m'aider à repousser d'éventuels agresseurs sur notre route. Bref le compagnon de voyage idéal. Et malgré notre différence de race, j'avoue l'avoir trouvé assez...comment dire... envoûtant. C'est quelque chose qui doit lui venir de son initiation chamanique.

Sandoval : Hum... Probablement... Ou bien est-ce le charme naturel des Taurens... ?

Le regard noir que lui jeta alors l’elfe du même ton en dit long sur son avis à ce propos : le tauren changea rapidement de sujet...

Sandoval : Pour en revenir à sa personne, il doit bien avoir d’autres qualités que ses dons de soigneurs...

Nencaran : Et bien, à mon goût, il a toutes les capacités du parfait chaman : très patient, très attentionné, il s'occupe à merveille de toutes les personnes qu'on lui confie. De plus, il est capable de trouver des solutions à tous les problèmes, surtout les miens et Lloth sait que j'en ai beaucoup ! Et je le trouve très drôle.

Sandoval : Oui, je connais un peu l’humour vache... A-t-il quand même quelques petits défauts ?

Nencaran : Vous vous attendez à une réponse objective de la part d'une femme amoureuse ? Oui bien sûr il doit en avoir mais je suppose que je ne les vois pas... Enfin si, son principal défaut à mon goût est d'être trop souvent envoyé en mission et donc pas assez présent. Mais je ne peux pas me plaindre, j'ai aussi d'énormes obligations vis à vis de mon clan. Désolée si vous attendiez le détail croustillant...

Sandoval : Pas spécialement : en général je ne fais pas dans les détails, mais j’aime ce qui est croustillant. D’ailleurs, il est bientôt l’heure de mon troisième repas du soir, et maintenant que vous m’avez convaincu d’un amour que je pensais impossible, une dernière question me brûle les lèvres, tout comme la faim me brûle les estomacs... Cet amour entre Drow et Tauren vous a-t-il changés l’un et l’autre ?

Nencaran : Et bien il semblerait que j'ai un peu plus de tolérance vis à vis des membres de la Horde. Mais je ne vois pas d'autres grands changements. Enfin si, pour admettre que je sois tombée amoureuse d'un Tauren il a fallu que je remette en question une grande partie de l'éducation traditionnelle elfique que j'ai reçu. Et c'est loin d'être évident. Par contre je ne pense pas que ça ait beaucoup changé Cerberus. C'est quelqu'un de très ouvert et je ne pense pas qu'il ait jamais eu d'aversion particulière pour les races différentes de la sienne.

Sandoval, les larmes aux yeux : Je dois avouer qu’en venant je ne croyais pas une seule seconde en de tels sentiments entre vos deux êtres, et je flairais un noir complot contre le royaume tauren... Et que ce soit une Drow qui me donne une leçon de tolérance va longtemps me rester sur l’estomac ! Qui, d’ailleurs, crie famine. Sur ce, noble dame, je vous remercie de ces paroles échangées et je prends congé en vous souhaitant vie heureuse et grande progéniture...

Le Tauren, baissant la tête, tendit à l’elfe une patte tremblante, et nul ne saurait dire si c’était de peur ou d’émotion... La jeune femme la serra avec surprise et releva la tête. Sandoval put voir un large sourire apparaître sur le visage habituellement si dur et il s’éloigna dans la nuit, confiant dans l’espoir d’une entente entre les races. Quelques heures plus tard, une sproach ball venue de nulle part explosa dans son sac...



Sandoval


 
 
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